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Le cloud? Non merci!

©Emy Elleboog

Le cloud. Dans le monde de l’entreprise et, en particulier, de l’informatique, on ne parle que de ça. Données, applications et infrastructure sont transférées hors de l’entreprise. La fiabilité, la flexibilité et la sécurité sont les avantages les plus souvent cités. Pourtant, de nombreuses entreprises n’y voient aucun intérêt. Entretien avec les deux dirigeants d’une petite et d’une grande entreprise qui ont choisi de rester à l’écart du cloud.

Saisissez "cloud computing" sur Google et vous obtiendrez quelque 145 millions d’occurrences. Logiciels et matériel informatique déménagent massivement vers les centres de données externes de fournisseurs comme Microsoft, Google, Amazon ou IBM – c’est du moins ce que beaucoup (et en particulier ces mêmes fournisseurs) veulent faire croire. Dans ce cas, ce sont surtout les logiciels qui se retrouvent dans le cloud.

Pourtant, les chiffres révèlent que, pour de nombreuses entreprises, le cloud n’est pas encore à l’ordre du jour. "La transition vers le cloud va sans doute continuer sur sa lancée, même si elle es un peu plus lente dans certains pays, comme l’Allemagne et la Belgique où l’impact du cloud est plus limité que ce que l’on pourrait penser", explique Stephen Kelly, CEO de Sage, l’un des principaux fournisseurs de logiciels comptables. Il cite une enquête mondiale qui révèle que 85% des applications de comptabilité des PME restent en interne. "Il s’agit généralement d’entreprises qui ne veulent pas lâcher leurs données."

L’e-mail précurseur

Les logiciels de comptabilité ne sont qu’un élément du dossier. Le software qui se retrouve le plus souvent dans le cloud est l’e-mail: une application circonscrite et importante, mais pas assez cruciale pour être hébergée ailleurs. Dans notre pays cependant, seule une minorité des entreprises a fait ce choix.

L’entreprise informatique belge Cogetix a sondé 22.000 entreprises nationales et pose la conclusion que seules 18% d’entre elles hébergent leur messagerie électronique hors de l’entreprise. En l’occurrence, il s’agit de solutions cloud publiques comme Office 365 de Microsoft ou Google Apps For Work. "18%, c’est peu. Surtout lorsqu’on sait que la messagerie électronique est la première fonction que les entreprises placent dans le cloud, principalement parce qu’elles veulent abandonner leur serveur interne pour l’e-mail", explique Peter Danneels (Cogetix). "Cependant, ce pourcentage est en augmentation rapide: quand nous avons commencé l’enquête, il y a plus d’un an, le taux de pénétration de l’e-mail dans le cloud ne dépassait pas 10% dans notre pays."

Motivations

Les entreprises ont souvent de bonnes raisons de ne pas opter pour le cloud. "Nous nous posons de sérieuses questions au sujet de l’hébergement de logiciels dans le cloud", explique Philip De Bie, Vice-President IT & Accessories de Picanol Group, le fabricant de métiers à tisser. "Dans quelle mesure peut-on intégrer les solutions logicielles standards du cloud à celles que nous avons développées en interne?", poursuit-il. Si Picanol utilise déjà des logiciels dans le cloud, il s’agit d’applications de ressources humaines, indépendantes de l’organisation et de la production. Pourtant, Picanol Group se tourne peu à peu vers le cloud, mais davantage pour l’infrastructure. "La majeure partie de notre infrastructure est hébergée dans un centre de données externe", confirme Philip De Bie. "Nous avons une devise: externaliser si d’autres ont l’expertise, si le produit est plutôt standard ou s’il faut aller vite", explique Philip De Bie. Picanol Group préfère donc éviter les solutions externes pour les logiciels, moins pour le matériel et les services. "Tout ce qui va des serveurs d’entretien et du stockage au système d’exploitation est exécuté par un tiers."

Niche

D’autres entreprises belges ignorent totalement le cloud. Les PME par exemple. "Pour une entreprise comme la nôtre, le cloud n’est pas une option", explique Bart Van der Leenen, Managing Director de l’agence de communication et de marketing Outofthecrowd, qui emploie environ 17 personnes. Elle n’a presque rien dans le cloud, notamment pour des raisons liées à la nature de son travail. "Dans notre branche, celle de la communication marketing, on travaille avec des fichiers très lourds que nous devons uploader et downloader. S’il fallait le faire à partir du cloud, nous devrions faire d’importants investissements dans notre connectivité", poursuit Bart Van der Leenen. "Le cloud est juste trop cher pour nous."

Une autre raison d’ignorer le cloud trouve son origine dans les lourdes garanties que l’entreprise doit honorer en matière de confidentialité vis-à-vis de ses clients (souvent américains). "À mes yeux, ce type de clauses de confidentialité seraient beaucoup plus difficile à respecter si mes données se trouvaient ailleurs", poursuit Bart Van der Leenen. En les maintenant en interne, c’est aussi plus facile de garder une vision d’ensemble.

Enfin, il n’existe pas encore de variantes cloud pour les logiciels d’Outofthecrowd. Ce qui, en 2015 et en plein engouement pour le cloud, est peut-être étonnant. "Ou, du moins, les applications n’y sont pas vraiment adaptées", précise Bart Van der Leenen. De grandes applications mainstream, comme pour l’e-mail et les ressources humaines, sont aujourd’hui totalement configurées en fonction du cloud. Mais, pour des applications de niche, c’est nettement moins le cas. L’aspect intégration joue également un rôle dans ce domaine. "Nous utilisons une solution intégrée pour l’administration, l’enregistrement du temps de travail et la gestion de projets. Les éléments séparés sont peut-être disponibles dans le cloud, mais ce n’est pas le cas de toute l’intégration."

Coût

De plus, dans de nombreux cas, il s’agit d’une question de coût. "Pour une PME comme la nôtre, l’hébergement de l’infrastructure dans l’environnement cloud privé d’un centre de données externe coûterait deux fois plus cher qu’une gestion interne, comme c’est le cas aujourd’hui. Actuellement, il s’agit d’un investissement de base de 50.000 euros pour trois ans. Dans une configuration cloud, ce montant atteindrait 100.000 euros, hors charges opérationnelles", explique Bart Van der Leenen. "Et je n’ai même pas tenu compte du surcoût en matière de connexion, ce qui pourrait s’élever à plusieurs milliers d’euros par mois."

Le cloud exige donc une certaine échelle. "Je pense que le cloud ne deviendrait réellement intéressant et rentable pour notre entreprise que si nous avions 100 ou 150 collaborateurs, ce qui complique l’usage d’une infrastructure interne. Les coûts augmentent", affirme Bart Van der Leenen. "C’est un calcul que nous faisons chaque année."

Choix

Alors, cloud ou pas cloud? Pour de nombreuses organisations, la vérité est entre les deux. Dans le monde de l’informatique, le "cloud hybride" est sur toutes les lèvres: on maintient au sein de l’entreprise une partie de l’infrastructure informatique classique et on transfère le reste dans le cloud. Ce qui permet à une grande entreprise comme Picanol Group de gérer ses solutions de ressources humaines dans le cloud et à la PME Out of the Crowd d’externaliser les sites de ses clients dès qu’ils sont terminés.

"Les entreprises veulent conserver cette liberté de choix", souligne Stephen Kelly, CEO de Sage. "Elles ne veulent pas et ne peuvent pas être poussées dans une certaine direction et surtout pas dans celle du cloud." Autrement dit: vous choisissez ce que vous placez dans le cloud en fonction des intérêts de votre entreprise. Et cela peut être trois fois rien... Box26

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